Les bois que j’utilise

Des essences locales

La France offre une diversité d’essences remarquable. Alors pourquoi importer des bois exotiques? Par souci d’éthique et de responsabilité écologique, je m’y refuse.

Des labels « gestion responsables » existent, mais hélas insuffisants en terme de garanties, ils sont basés sur les déclarations des exploitants… Un contrôleur pour combien de centaines de milliers de mètres cubes de bois abattu?

J’aurais bien envie de travailler du palissandre, du bois de rose, de l’acajou ou encore du padouk… Mais cette envie disparait dès que je travaille les bois que travaillaient nos ancêtres. Un Stradivarius est-il fait en bois exotique?

Les forêts du Gabon, de Madagascar et d’Amazonie ont déjà bien assez souffert de la surexploitation. A l’heure où la forêt française ne cesse de croître il serait peut-être temps de laisser ces ressources disponibles aux habitants de ces pays…

Du bois recyclé

Il est primordial pour mes articles d’utiliser du bois parfaitement sec et quoi de mieux pour s’en assurer que de vieux meubles voués à la déchetterie? Une bonne partie du bois que j’utilise est ainsi recyclé, meubles dont l’état ne justifierait pas une restauration, vieux parquets…

Seulement dans ces cas, je m’autorise l’utilisation de bois exotiques, toujours en recherche de vielles touches de piano en ébène, une touche devient ainsi deux chevilles de chevalet. Du bois souvent  sec depuis presque un siècle!

S’approvisionner

Selon leur destination d’usage, le bois peut provenir d’une scierie locale, d’un achat auprès d’un particulier. Petites annonces, notamment pour le buis, un menuisier ou tourneur qui cesse son activité, des enfants qui vident la grange poussiéreuse du grand-père décédé dix ans auparavant. Ainsi je trouve des buis secs de vingt, trente voire cinquante ans… 

Je stocke également une grande quantité de buis vert dans ma cave.

Le buis (buxus sempervirens)

Un bois dense et très résistant

Le buis est l’essence européenne la plus résistante à l’usure, sa densité varie de 0.85 à plus de 1. Les anciens l’avaient compris et lui réservaient les usages où la résistance mécanique, au frottement, était de mise. Ainsi les freins des premiers tramways parisiens étaient faits de buis, les dents d’engrenage du funiculaire du Mont Dore également, les horlogers en faisaient des tournevis de précision… L’essor de l’industrie métallurgique a signé un coup d’arrêt à son usage. Il est aujourd’hui considéré comme un arbuste d’ornement, symbole de longévité.

La pyrale du buis

Dans le genre chenille ravageuse, la pyrale du buis est championne, ces dernières années ont été fatales à de grandes quantités de jeunes buis, et les anciens n’ont pas été épargnés. Cela dit, la pyrale est en recul depuis peu, et de vieux buis que l’on aurait crus morts, sans feuilles, semblent renaître. J’ai pu le voir de mes yeux, de petites pousses vertes sortant du tronc principal, qui n’en avait pas vu une seule depuis deux années. Résilient le buis! Mais pour combien de temps encore? Les auxiliaires de la nature, insectes et oiseaux en particulier ne cessent de voir leurs populations diminuer, dans des proportions alarmantes, autant de prédateurs naturels de chenilles ravageuses qui disparaissent. La nature est en équilibre permanent, sauf quand homo sapiens décide de s’occuper d’elle à son profit.

Un bois à la croissance très lente

C’est certainement sa croissance extrêmement lente qui lui confère ses qualités. Un tronc de dix cm de diamètre a un âge moyen de cent ans… Oui, c’est un mm de croissance par an sur le diamètre, pépère le buis!! Cela peut varier selon les conditions de pousse (humidité, exposition, substrat), un buis de maquis exposé grandira moins vite que son voisin au fond d’un vallon brumeux et aux racines proches du ruisseau.

Cela entraine des cernes annuelles extrêmement resserrées, et parfois quasiment indis »cernables »! Une fois poli, le buis peut être aussi lisse que du marbre, aucun grain ouvert, pas de crevasses entre ses veines. Bien que plus dense, l’ébène ne peut pas en dire autant!! 

Le cormier (Sorbus domesticus)

Le cormier est un bois méconnu et qui présente pourtant de grandes qualités mécaniques, sans parler de son esthétique, un veinage tirant sur le brun rouge une fois poli. Très résistant à l’usure, il était utilisé pour la fabrication de semelles de rabot. Il est également utilisé en lutherie depuis des siècles… Une essence très résiliente au changement climatique, plantons-en!! Je ne l’utilise quasiment que pour les bottlenecks.

Le Frêne (Fraxinus)

Le Frêne est une essence très répandue en France, il peut être très clair, presque blanc (frêne commun) ou plus foncé et présenter un veinage très variable en teintes (frêne olivier). Sa résistance à l’usure en fait l’essence de prédilection pour les marches d’escaliers. Je l’utilise notamment pour les tables de mes washboards.

Le noyer (Juglans regia)

Lui aussi peut présenter des veinages très différents d’une souche à l’autre, du brun très clair au brun très foncé, so ngrain peut aussi varier. Aucun arbre n’est identique à son plus proche cousin, le noyer en est bien la preuve. La photo ci-dessous présente trois plaques de noyer issues de trois arbres différents. Il dégage une odeur délicieuse quand on le travaille!

L’If commun(taxus baccata)

L’if est un résineux potentiellement toxique lorsqu’on le travaille, il convient de bien se protéger de ses fines poussières. Ses feuilles sont d’une très grande toxicité, quelques petites branches pouvant tuer un cheval ou une vache, il est bien rare d’en trouver au bord des prés. On lui préfère les cimetières, peut-être parce que ses racines ne retournent pas les tombes, elles plongent verticalement sous terre, ou est-ce pour son feuillage persistant, lui qui était déjà symbole d’éternité chez les Celtes? Son bois est magnifique, au veinage très marqué et coloré, du miel! Son aubier (partie extérieure du tronc, beaucoup plus tendre) est très blanc.

Le Chêne (Quercus)

Il en existe de nombreuses espèces en France, de très grands, chêne sessile, pédonculé, pubescent… et de beaucoup plus modestes en taille, comme le chêne vert. Bois noble utilisé depuis la nuit des temps de la charpente à l’ébenisterie. Ses teintes et son veinage diffèrent là encore d’un arbre à l’autre. Le chêne vert est quant à lui remarquable pour sa densité supérieure à celle de ses cousins, son veinage peut parfois sembler zébré, marbré. Il est très peu utilisé dans l’artisanat, à cause des faibles dimensions de ses troncs rarement droits, il est pourtant très résistant à l’usure (semelles de rabot). Tout mon stock finira en bottlenecks!

Le merisier (Prunus avium)

Le merisier, bois magnifique largement utilisé en ébenisterie, une odeur sucrée embaume l’atelier dès que je le travaille. Bois tout de même assez tendre, il offre néanmoins un veinage et une teinte magnifiques, tirant sur le rouge. Hors de question de l’utiliser pour des pièces soumises à l’usure, mais aucun problème à en faire des cache trussrod, des plaques d’entourage ou encore des boutons de potentiomètre. Je me souviens du vin de merises que faisait une de mes tantes, on le diluait largement à l’eau, j’avais l’impression d’être un « grand »! 

Et bien d’Autres essences…

La liste des toutes les essences que j’utilise serait bien longue à établir, prunier (photo 1), poirier, hêtre, orme parmi les bois moyennement durs, robinier faux acacia (photo 2), olivier, érable ou encore cornouiller pour les bois plus résistants à l’usure. Très peu de résineux chez moi, trop tendres, trop légers pour mes articles. Mais il est des usages en lutherie qui leur réservent une place toute particulière, notamment pour les tables de guitares acoustiques, comme le cèdre ou l’épicéa, mais ils sont alors soigneusement triés et choisis pour un veinage régulier.

Retour en haut